Ici & Ailleurs 

Semaine 3 La source de nos racines chez Mathilde et Hervé

Mathilde m’invite à la recherche des histoires de Beaufort.

On est allées par ci et par là et on nous a dit plusieurs fois: « Mais moi je ne suis pas d’ici. Ou cette histoire est d’ailleurs. » 

Alors il est possible que justement quand on veut parler d’ici l’ailleurs se manifeste pour dépasser ensemble le présent, la propriété et nos différences. 

En rencontrant Hervé et Mathilde, j’ai vraiment senti cette envie de créer un lieu pour la rencontre. Un espace où on ré apprend à s’écouter et se relier.

Hervé m’a dit : Je ne suis pas d’ici. Et ça m’aide pour avoir envie de parler à tout le monde. 

Puis il m’a montré une paire de sabot fait maison en trouvant un bout de bois qu’il a taillé à son pied. Et il m’a appris que les sabots sont les ancêtres des chaussures de sécurité que je suis obligée de mettre pour certaines taches à la ferme.

Mathilde a pu revenir à la ferme de ses souvenirs. Nous ne pouvons pas tous faire ce choix. Mais grâce à son enracinement dans ce village, elle m’ouvre plein de portes pour entendre beaucoup plus d’histoires que je n’aurais pu en découvrir seule.

Maman Mathilde nous raconte :

Quand j’étais enfant j’habitais Q. à la frontière belge. On avait une exploitation d’une trentaine d’hectares. Je me rappelle la récolte de pommes de terre à la main et d’aller traire les vaches aussi dans les champs. Les parents avaient des pâtures en Belgique alors nous devions préparer plein de papiers pour que les vaches puissent aller pâturer là-bas. Je me rappelle recopier des feuilles avec du papier carbone en plusieurs exemplaires. Toutes les vaches devaient être déclarées avec leur numéro d’identité. Puis venait le moment de leur faire passer la frontière. On passait le poste de douane avec le troupeau et les papiers. C’était toute une expédition. Ensuite on devait tous les jours faire la traite dans les champs avec les bidons qui se faisaient controlés de temps en temps en passant le poste de douane. 

Selon moi le monde paysan est moins individualiste que certaines exploitations agricoles modernes. 

À l’époque on avait des saisonniers qui venaient travailler à la ferme. Et on payait le travail avec les produits de la ferme pour leurs familles. Ils marquaient les heures qu’ils faisaient et on leur mettait des produits de côté pour l’année. La différence était payé en argent.

Papie Roger parle de l’arrivée des tracteurs : Ça sent bon un cheval. Je préférais travailler avec les chevaux. Au début on ne savait pas manoeuvrer la remorque en marche arrière. Mon père m’engueulait. Après un certain temps j’ai quitté le tracteur et je lui ai dit d’essayer à ma place. C’était la même misère.

La cour et les gites rassemblent encore plein d’objets avec leurs souvenirs. Mathilde partage avec beaucoup de passion ce qui reste des différentes époques. 

Suite aux différents ateliers, les invités notent sur des feuilles de couleurs qui racontent l’histoire immatérielle de ce village par ses habitants et passants. 

Avec ces textes nous créons une balade du village. C’est immensément beau de rendre les histoires aux rues qui les ont vu apparaître. Se rappeler des fêtes sous le kiosque à musique, voir la porte du géant s’ouvrir pour nous, entendre des souvenirs de sangliers domestiques et parcourir des chemins creux où des vaches ont traversé le village.

Les histoires c’est comme des cadeaux. Quand on nous les donne, il faut en prendre soin avant de pouvoir les partager avec d’autres. Il y a des histoires qu’on porte en nous dont on n’a même pas conscience. Une histoire qui en rappelle une autre. Un souvenir qui permet de faire un choix au présent.

Quelque chose de fort se passe quand les gens s’écoutent. Ça permet de se sentir exister et de se sentir moins seuls.

Photos Armelle, Mathilde et ses amies

3 – 8 août 2026 

nl_NLDutch