La vie et la mort  

#Semaine 2 À Petits Pas, Ruisseauville entre Faire pour mieux être et récoltes de paroles.

Je rencontre des personnes qui travaillent sur des projets et dans des espaces inspirants. J’enchaine des discussions que j’aimerais pouvoir prolonger encore. Puis il y a les trois jeunes de Faire pour mieux être et leurs animatrices Agathe et Adèle. Nous allons découvrir d’autres fermes ensemble, récolter des histoires et travailler dans les champs. 

Nicolas Bertrand, le maraicher de Ruisseauville chez qui je vais jouer Volante, solo pour une maraîchère en fin de semaine nous parle de son besoin de faire avec les mains, d’être autonome et que la biodiversité veut aussi dire de partager les récoltes avec les rongeurs : « Ils me bouffent mes pommes de terre. Mais j’aime faire partie de cet équilibre où tout a une utilité. Mon travail c’est ma vie. On est mieux ici que derrière un ordinateur. » 

Je pense à La lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix de Jean Giono autour du lien entre vie, travail et luttes paysannes pour s’opposer aux guerres. La guerre contre le vivant et le sensible ne s’est pas arrêté dans nos champs. Qu’on le dise à voix haute ou qu’on le murmure dans nos corps. 

Je crois dans les liens entre la guérison de nos plaies internes et le soin de la terre. JP, l’horticulteur à la retraite avec parkinson, me disait il y a quelques années : « Ceux qui m’ont empoisonnés sont ceux qui me donnent des medocs. ». Et Romuald, l’ami maraîcher : « Mieux vaut prévenir que guérir. »

Puis je pars au Café Te Souvins-tu ? avec Claire Mametz pour échanger avec des anciens à partir d’objets d’antan. Claire artconte en patois et les langues se délient dans l’ancienne salle de classe transformé en salle des fêtes. 

J’adore les mésaventures de Jean-Baptiste par les sauveurs d’hirondelles : « Donc on avait eu une éclosion de 3 hirondelles. Mais le 24 juin, il faisait très très chaud. C’était la première canicule. Juste avant que je parte, les deux petites étaient tombées du lit. Elles voulaient se suicider parce qu’il faisait trop chaud. Une était en vie donc vite je prends une barquette de fraises que je mets sur l’armoire de la grange et je mets trois gouttes d’eau. Le lendemain les parents reviennent la nourrir. Et puis ça a été. Comme ce mercredi de chute était la Saint Jean-Baptiste, je l’ai appelé Jean-Baptiste. Quelques jours après il sort de sa barquette, il se met sur le bord de l’armoire. Et il essaie de s’envoler. Mais il tombe. Et les parents semblent nous le signaler pour le protéger du chat. Alors on le ramasse. Au début de l’apprentissage de vol, ils se tapent dans tout. Puis ça a été. En ce moment, il y a une deuxième couvée. On a mis une une botte de foin sous le nid pour permettre une piste d’atterrissage en douceur. » 

Les histoires en lien avec la terre permettent de trouver des solutions pratico-poétiques pour nos bobos? Elles ont toujours cohabité avec le travail des champs.. Elles donnent du sens à notre ennui en cas de répétition de gestes et de l’espoir en voyant les arbres souffrir du manque d’eau.

Le mercredi, je rejoins Elodie à la ferme du Monthois pour participer à la chorale des choeurs battants puis nous partons marcher à deux à travers champs. Elle me montre un espace de bosquets d’herbes et d’arbres avec des moustiques et de la solitude pour les vaches rebondissantes loin des humains. On croise un saule blanc. Elodie me dit qu’il sert d’aspirine pour les vaches. 

Je lui demande: « Tu parles aux arbres ? » 

Elodie : « Oui à celui là, oui. Et aussi à celui où on s’est marié. Puis il y a cet arbre mort. Quand je suis arrivée, je le voyais par la fenêtre de ma cuisine. Je demandais à François de l’abattre tous les ans. Je ne voulais voir que du vert, que du vivant, mais il n’avait jamais le temps. Alors un jour je suis allée voir l’arbre et je lui ai demandé: ‘Mais pourquoi tu es encore là ? Pourquoi tu es debout comme ça?’ Et il m’a répondu : ‘Je suis comme tes morts. La mort fait partie de la vie.’ Depuis je l’aime beaucoup, je ne veux pas qu’on l’abatte et je continue à lui parler. » 

On termine la semaine en allant au marché d’Hesdin récolter des histoires sur des étals de marché et déjeuner chez Valérie de La halte d’autrefois dont le bâtiment a brulé en automne dernier. La reconstruction avance. Les chèvres continuent à faire des bêtises rigolotes. Et soudain Agathe commence à raconter comment elle essaie de garder le centre équestre où elle a grandi et qu’elle a tenu pendant 20 ans. Parfois les histoires prennent du temps à surgir et elles apparaissent quand on ne s’y attend plus.

Les larmes aux yeux on se dit au revoir avec Agathe sans savoir si sa ferme restera dans sa famille ou plutôt sa famille dans la ferme ? 

Texto à Agathe : « Quoi qu’il arrive ta ferme est en toi. »

Bande-Son « Le remembrement » voir lien

6 -11 juillet 2026

Photos Armelle et Régis Tirlemont

nl_NLDutch