Le souffle d’un arbre 

Semaine 4&5 Forêt du Bois l’Évêque, Maison forestière d’Ors

Au début je suis un peu perdue dans la foret. Les chemins sont quasiment tous fermés suite aux dégâts de la tempête de juin. J’ai envie de dépasser les rubans blancs et rouges et je me demande quelle place trouver en tant que maraîchère. 

Quelles histoires et connaissances sont transposables dans une foret? 

Avec les enfants de la colo on fait des promenades sur le seul parcours ouvert qui mène à travers arbres. Ielles veulent des histoires et ont envie de jouer. J’aborde les plantes que je connais et je cherche des liens. Je pense à nos ancêtres les chasseurs cueilleurs et comment les différentes couches d’une foret nous inspirent dans les fermes pour créer un équilibre sain. Et c’est là que je commence à apercevoir les ancêtres des légumes qui poussent en forme d’herbes sauvages. Je me rappelle comment faire la musique avec des herbes, des costumes avec des plantes dinosaures et des petites scènes avec des bouts de bois. On n’a plus besoin d’aller très loin, car tout est à nos pieds. 

Je partage l’histoire d’Ailich l’enfant bouffe-tout. Inspirée d’elle on crée une danse de grimaces. Savez-vous d’ailleurs que la bave de limaces ça soigne les maux de gorge ?

En parallèle je rencontre Emilie à la maison de retraite le Trèfle d’Argent qui me présente aux résidents et à Pot de Colle, le chat médecin. On se partage des histoires de vie, de mort et de bêtises. 

La semaine suivante, j’amène un groupe de la colo avec moi. La rencontre est si tendre que les enfants en reviennent aussi avec des histoires plein les bouches.

Nous travaillons à une petite forme de spectacle à présenter le vendredi. Entre histoires, costumes et gestes, les erreurs de concentrations participent aux idées créatives. Mais il y a aussi la gêne devant le groupe à dépasser alors certain.e.s préfèreront regarder le jour J. La rencontre avec ces jeunes était si touchante entre petit déjeuner, rires bizarres et ateliers en construction.

Laura et Guy m’ont accueilli en famille. On m’a présenté deux spécialistes du poète Wilfred Owen avec qui nous avons échangé à partir des textes poétiques sur la manière dont la guerre s’est poursuivi dans les champs.

Et j’ai été surprise par la rencontre avec Elodie, la passionnée de forêt qui me rappelle qu’on ne prévoit pas tout dans la vie. Elle a rencontré son mari par un accident de voiture en foret. Il s’est senti si mal par l’accrochage qu’ils ont commencé à s’écrire. Les policiers ont pourtant dit que grâce a son arrivée pile poil à cette seconde là, il lui a sauvé la vie à elle car sinon elle serait surement morte. De nouveau la mort se faufile dans les histoires. 

Les arbres courbés dans la forêt ont une poésie certaine. Le dernier soir j’hésite à passer les rubalises.. mais je préfère m’allonger sur les bancs du théâtre d’Owen avec l’acoustique magique pour regarder les étoiles filantes. J’entends soudain un vacarme terrible comme un orage venu de nulle part. Au fil des secondes, je me rends compte que c’est le souffle d’un arbre qui tombe. J’ai bien fait de m’allonger sous le ciel plutôt que de rentrer en foret. 

Bande son Niagara : Pendant que les champs brûlent.

10-21 août 2026

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